Makhila

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D’autres que moi auraient parlé de "racines"… Ce n’est pas mon vocabulaire. Je n’aime pas le mot "racines", et l’image encore moins. Les racines s’enfouissent dans le sol, se contorsionnent dans la boue, s’épanouissent dans les ténèbres; elles retiennent l’arbre captif dès la naissance, et le nourrissent au prix d’un chantage : "Tu te libères, tu meurs!". Les arbres doivent se résigner, ils ont besoin de leurs racines; les hommes pas. Nous respirons la lumière, nos convoitons le ciel, et quand nous nous enfonçons dans la terre, c’est pour pourrir. Pour nous, seules importent les routes. Ce sont elles qui nous convoient- de la pauvreté à la richesse ou à une autre pauvreté, de la servitude à la liberté ou à la mort violente. Elles nous promettent, elles nous portent, nous poussent, puis nous abandonnent,. Alors nous crevons, comme nous étions nés, au bord d’une route que nous n’avions pas choisie.
Amin Maalouf, “Origines”

Notes

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